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30 ans des Écrans : 2000-2008, du Palais des Congrès à l’Auditorium

Dans les coulisses de l’affiche 2021
1 juin 2021
En 2021, les Écrans de l'aventure célèbrent leurs 30 ans à Dijon. Pour l'occasion, le festival revient en trois épisodes sur une épopée démarrée en 1992. Hubert de Chevigny – pilote polaire et président de La Guilde pendant 15 ans – et Ariane Le Couteur – productrice multi-primée – ouvrent aujourd'hui la boîte à souvenirs.
19 octobre 2000. Pour la première fois, le festival s’installe dans le Palais des Congrès, après huit années au Théâtre des Feuillants. Une expérience répétée en 2001, avant de déménager de l’autre côté de la rue, direction l’Auditorium pour sept éditions. Une période fondatrice pour le festival tel qu’il existe aujourd’hui. Hubert de Chevigny était alors président de La Guilde, qui organise les Écrans avec le soutien de la ville de Dijon. Il explique la démarche derrière les changements d’adresses : « quand je suis arrivé, les animations étaient éclatées sur différents lieux dans la ville. Mais le festival est avant tout une réunion de personnes qui, par définition, ont des actions éminemment solitaires sur le terrain ! Il y a donc eu cette volonté d’élaguer pour que tout le monde puisse se rassembler au même endroit. Parce qu’il est est là, le sel de Dijon : dans cette proximité entre public et aventuriers. »
Ci-dessus : Hubert de Chevigny photographié en 2002 sous la yourte exposée à l'Auditorium (© Matthieu Alexandre) et au Palais des Congrès en 2001 (© Philippe CARON) avec, de droite à gauche : John Anderson (Danemark), Bertrand Piccard (Suisse), Mike Horn (Suisse), Hubert de Chevigny (France), Borge Ousland (Norvège), Jean-Louis Etienne (France) et Patrice Franceschi (France).

De Nicolas Hulot à Mike Horn

À la clef, des moments restés dans les mémoires. Comme cette fois où Mike Horn débarque en retard… et pieds nus : « je l’attends dehors à la fin de la projection de son film, retrace Hubert de Chevigny. Il arrive dans sa voiture, en descend pieds nus, et on monte en courant les escalators vers la salle. En face, les gens étaient déjà en train de descendre. En voyant Mike, il y a eu un vrai mouvement de foule pour remonter ! » Le public boira les paroles de celui qui vient de boucler un ahurissant tour du monde sur le fil de l’Equateur. Et le film tiré de son exploit, Mike Horn : Latitude 0° (réalisé par Didier Lafond), recevra le prix Jean-Marc Boivin 2001, récompensant l’authenticité d’une aventure vécue.
Visionnez : Expédition Latitude 0° - Mike Horn | Le Film (1999-2000)
Hubert de Chevigny, arrivé au conseil d’administration de La Guilde après son expédition au pôle Nord de 1987 avec Nicolas Hulot, l’admet : il lui est parfois difficile de rester de longues heures dans une salle de cinéma, alors que tant d’esprits libres bruissent autour de lui. « C’est une rigueur dure, mais nécessaire. Car les Écrans sont un véritable festival de films d’aventure. Ce qui est intéressant, c’est cette grande attention portée à la qualité des films lors de la sélection. Ce qui permet d’avoir une belle diversité entre grosses productions et petits films faits avec trois fois rien. Tant que le film est bon, il peut être sélectionné. » Et Hubert de Chevigny de louer sa collaboration avec Patrick Edel, fondateur de La Guilde, et Cléo Poussier-Cottel, incontournable directrice adjointe du festival depuis 1997 : « il y a énormément de travail de concertation en amont, sur la programmation, les invitations. Chacun apporte ses compétences pour que la grande réunion annuelle se déroule avec le plus de fluidité possible. »
Découvrez l'expédition au pôle avec Nicolas Hulot de Hubert de Chevigny sur le site www.leclubyema.com et www.regis-pfaffenzeller.com

Des histoires de rencontres

Ce rendez-vous, la productrice Ariane Le Couteur l’a découvert en 2003 grâce à un grand nom de l’aventure : Patrice Franceschi. « Je suis rentrée dans le milieu de l’aventure avec la production de la collection La Boudeuse autour du monde – à la redécouverte des peuples de l’eau. Une production de quatre ans dans le monde entier, une aventure périlleuse mais géniale pour une petite boîte de production comme L’Envol. » Dès sa première année à Dijon, Ariane Le Couteur est conquise : « tu rencontres des gens qui font des choses super et ça te motive à aller de l’avant. Qu’on soit producteur, aventurier ou spectateurs, quand on y va, on est sûr de repartir avec la pêche ! »
Et puis il y a les rencontres, toujours, maître-mot des Écrans de l’aventure. En 2004, la productrice est membre du jury ; 15 ans plus tard, elle n’a pas oublié les rigolades avec les réalisateurs Thierry Robert (prix Jean-Marc Boivin et prix des jeunes de la ville de Dijon 2000 pour La Grande Traversée, Toison d’or et prix des jeunes 2010 pour On a marché sous le pôle,) et Mike Magidson (Toison d’or 2003 pour La longue trace, Toison d’or et prix du public 2016 pour L’appel de la banquise). Surtout, c’est à Dijon qu’elle fait connaissance de France Pinczon du Sel et Eric Brossier, le couple de Vagabond. Elle en tire deux films primés à Dijon, et surtout des liens d’amitié durables : « on a discuté, on s’est revu, et on s’est dit qu’on pouvait travailler ensemble. Ça a donné d’abord Sous les étoiles du pôle, réalisé par Hugues de Rosière, un film très sensible qui a rencontré un joli succès (prix spécial du jury 2008, ndlr). Et puis Sur le grand océan blanc, écrit avec Véronique Ovaldé et réalisé par Hugues (prix Alain Bombard 2013, ndlr). »
Si la productrice a l’âme navigatrice et l’œil cinématographique, elle retient enfin une dernière évidence, venue du prix du livre décerné chaque année. C’était en 2008, lors de la dernière édition des Écrans à l’Auditorium : Caroline Riegel reçoit la Toison d’or du livre d’aventure pour Méandres d’Asie – Du Baïkal au Bengale II, « vingt-deux mois à pied, à cheval, à dos d’âne, de chameau, à vélo, du Baïkal à l’âpre désert du Gobi ; de la chaîne aride des Kunlun aux rigueurs hivernales du Zanskar isolé, des sources sacrées du Gange hindou jusqu’au delta inondé du Bengale » (éditions Phébus) : « c’est intéressant d’avoir des livres et des films, ça crée des rencontres transversales, relève Ariane Le Couteur. Là, Caroline m’avait particulièrement intéressée. Elle m’a recontactée quelques temps après, et puis on a fait les Semeuses de joie. » Un film acclamé… mais qui n’aura, à la surprise de sa productrice, pas reçu de prix à Dijon.

Authenticité et rêve éveillé

Preuve que rien n’est écrit et que les choix du jury procèdent d’une alchimie insaisissable : « quand on est dans le jury, on se met à la place du public, éclaire celle qui a été jurée en 2004, 2011 et 2020. On met en avant l’émotion ressentie, l’authenticité. Parfois, on a des films importants, calibrés pour le prime time, pas qui ne touche pas forcément. C’est délicat, car ce sont des bons films ! Mais un film créé avec plus de liberté, de spontanéité, qui fonctionne, tu ne peux pas l’ignorer. C’est vraiment ça : même si je suis du métier, même si j’ai un regard professionnel, quelle émotion je ressens en tant que spectatrice ? »
Des émotions, ce spectateur en a connu de belles. C’était en 1996, lorsque Sir Peter Blake était président du jury. Hubert de Chevigny rembobine : « à la fin du festival, tu as la grande photo sur scène avec tout le monde, le public descend, c’est le bordel final. Un petit gars vient, me donne un coup de coude : “vous pouvez me présenter à Peter Blake s’il vous plait ? Je fais de la voile, je l’admire beaucoup !” Je fais les présentations et puis les laisse à deux. L’année d’après, le même petit gars revient, recommence et me dit : “je voudrais vous remercier : Peter Blake m’a invité à naviguer sur son bateau !” Le petit, là, il a réalisé un rêve grâce à Dijon. »
Propos recueillis par Eric Carpentier
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